Françoise Diane Zogo

Études/Formation

CATP Maçonnerie

Profession

Maçonne

Soludec S.A.

MOTIVATIONS ET PERCEPTIONS

 

Comment vous est venue l'idée de vous orienter vers une profession où les femmes sont encore peu présentes? Qu'est-ce qui vous attirait plus particulièrement?

Le métier de maçon m'est familier depuis mon enfance. Étant fille d'entrepreneur traditionnel et paysan cultiva-teur de cacao et de banane, j’ai passé toute ma jeunesse en Afrique dans l’apprentissage de travaux manuels et de l’agriculture. Dès mon enfance je me suis intéressée à la création et à la construction de bâtiments, au travail à l'extérieur ou en hauteur. Ensemble avec ma grand-mère et ma sœur nous avons entretenu la ferme, les plantations et construit p.ex. des cabanes et notre cuisine en fabriquant nous-mêmes les briques en bloc de terre. La question si c’était un travail d’hommes ne se posait pas : nous femmes étions là et il y avait besoin de réaliser des constructions. Je suis toujours fascinée de voir grandir le fruit de mon travail, de créer des preuves visibles qui restent à l’appui de l’engagement. Un tel résultat de travail est directement soumis à l’appréciation de celui qui l’a commandé ce qui est un encouragement pour le créateur. C’est ce qui m’attire dans les travaux manuels. Je souhaite continuer ma vie professionnelle en mettant cette mémoire familiale et mes acquis provenant de la pratique en valeur.

 

Au moment du choix, est-ce qu'il y avait certains aspects qui vous ont fait hésiter?

Mes hésitations étaient moins liées au métier même, mais plus aux préjugés. On dit que la construction est un « domaine d’hommes » et un milieu de « machos ». Ces stéréotypes, posés comme des obstacles pour l’accès d’une femme au métier peuvent avoir l’effet d’harcèlement. Ce fut un parcours de combattant pour trouver un patron qui acceptait que j’accomplisse ma formation dans son entreprise, mais je n’ai jamais hésité. Je voulais faire ce travail et je savais que j’allais trouver une solution.
Dans le métier même il y a, de nos jours, beaucoup d’équipement, de machines et de techniques en place qui font moins souffrir physiquement. D’un autre côté c’est aussi une histoire d’entraînement : la peur vient de la tête. Il faut être bien dans la tête, connaître les risques, se préparer et affronter le défi.

 

Est-ce que votre activité professionnelle correspond à ce que vous aviez imaginé?

Oui. Je suis satisfaite à 120%. Je suis fière de moi et du travail que j’accomplis. Je ne regrette pas et je ne tarderais pas à refaire le même choix.

 

Comment votre famille, vos amis vous perçoivent-ils?

Ma famille n’était pas surprise du tout. Dans ma façon de faire, pour eux, j’étais toujours plus homme que femme. Déjà quand j’étais petite je montais dans les arbres pour cueillir les mangues, comme le faisaient les garçons. Mes amis sont très contents que j’aie pu faire mon chemin et que je m’épanouisse dans ma vie professionnelle.

 

ACTIVITÉ PROFESSIONNELLE

 

Veuillez décrire brièvement votre travail.

Les travaux sont différents tous les jours. Dès l’arrivée au chantier le matin, j’effectue les tâches qu’on me confie. C’est de la maçonnerie, p.ex. construire un mur ou faire du coffrage, parfois c’est la construction d’escaliers ou la coupure de ferraille. Je fais de tout ce qui est à mon niveau par rapport à la lourdeur. Je dois aussi gérer mon matériel : il est important de ne pas le gâcher, le bilan est bien établi. Et il faut respecter les délais fixés pour accomplir une tâche.

 

Quelles qualités faut-il avoir pour exercer votre métier?

Il faut avoir un moral d’acier. Une fois qu’on l’a, il faut une formation appropriée et surtout faut-il aimer ce qu’on

veut faire. On n’essaye pas ce métier, on l’adopte. Ensuite il faut aussi vouloir avancer, ne pas rester bloqué dans le système. Il faut voir ce qu’on veut réellement faire, avoir son objectif tracé et se trouver une stratégie pour le faire.

 

En cas de difficultés, quelles stratégies utilisez-vous pour les surmonter ?

J’essaye de me préparer pour mes missions en cherchant les informations nécessaires à l’avance. J’anticipe, je me mets en confiance et j’évite de perdre du temps en devant réfléchir ou rechercher encore trop sur place. En tant que femme il faut savoir qu’il y a des machos aussi. Nous sommes tous accompagnés par des manœuvres pendant le travail, et parfois certains hommes n’acceptent pas d’avoir des instructions d’une femme. Dès que je le remarque, j’essaie de leur en parler ouvertement. Si le conflit n’est pas résolu je m’adresse au supérieur hiérarchique. Je suis consciente des idées reçues sur les femmes et les hommes qui peuvent persister. Je veille à faire comprendre qu’on est là pour travailler, tout en restant naturelle. Il y a aussi le charme d’être une femme dans un milieu d’hommes. Dans ce travail la pénitence pèse. Les hommes ne sont pas des robots et la présence d’une femme peut y apporter une certaine douceur de la nature (et je ne parle pas de sexualité ici). C’est une richesse que les patrons doivent apprécier. J’ai l’impression d’être comme un aimant qui attire la pénitence pour l’alléger, la diluer un peu. J’essaye de contribuer à la bonne humeur au travail.

 

APPRÉCIATION PERSONNELLE

 

Selon vous, le fait d'être une femme est-il un handicap lorsque l'on veut exercer ce métier?

Le handicap consiste de préjugés qui font qu’une femme n’arrive pas à pouvoir démontrer ce qu’elle peut faire. Mais les femmes ne sont pas toutes pareilles ,ce qu’il faut d’abord reconnaître. On dit qu’on mesure le maçon au pied de son mur. C’est tant vrai pour les hommes que pour les femmes. 

En tant que femmes c’est aussi difficile d’accéder à ce métier parce que beaucoup de choses ne sont pas prévisibles : il y a par exemple la question de la maternité. Mais pour vrai dire, sur les chantiers il y a autant d’hommes qui sont absents pour cause de maladie.

 

Comment expliquez-vous qu'il y ait encore très peu de femmes à choisir cette profession?

D’abord il y a les préjugés : j’ai même entendu des collègues dire que si leur fille choisissait ce métier ils n’accepteraient pas. Dans ma culture, selon des choix de nos ancêtres, on réservait certains aliments aux hommes. Mais aujourd’hui on sait que ce n’était que pour protéger une certaine sphère de vie aux hommes. Dans ce sens il faudra que les parents soutiennent leurs enfants dans tous leurs choix de métier !

Et les femmes doivent changer de mentalité. Elles doivent ne plus vouloir être esclaves, elles doivent dire non aux gens qui veulent les soumettre à un contrôle. Je me demande pourquoi la nature a créé un mélange, une diversité si une personne peut alors décider ce qu’une autre peut faire ou pas.

 

 

Que devrait-on changer pour la rendre plus accessible et plus attrayante aux femmes?

Il faudra changer l’éducation et commencer à la maison. C’est la base. Il faut à tout prix traiter et éduquer de façon égalitaire les enfants. Une fois que la mentalité aura changé, l’accès aux professions sera donné. Et si les parents sont réticents, il appartiendra à l’école de faire une éducation égalitaire et de laisser aux filles et aux garçons faire les mêmes métiers.

 

Quel message adressez-vous aux jeunes filles qui sont en train de s'orienter professionnellement?

Je leur conseille de s’accrocher, de ne pas se laisser faire. De cultiver, forger et fortifier leur caractère. De voir les exemples d’autres femmes, d’être curieuses, de ne pas avoir peur de poser leurs questions. D’avoir la tête haute sans dénigrer les autres, d’être fières de soi, ce qui permet d’avoir moins peur et d’avancer.

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